Elle est revenue en France pour finir un projet photographique commencé l’année d’avant, questionnant le rapport à nos origines yougoslaves, l’écriture des frontières, les changements de notre identité entre deux cultures différentes.

Quand ma grand-mère a été admise à l’hôpital, personne ne se doutait qu’elle allait y vivre les derniers jours de sa vie.  Je refusais d’être un simple « témoin de compagnie » de sa disparition. J’ai donc poursuivis notre projet en inversant chaque élément défaillant de sa condition.

 

La création du souvenir /// Ce qui meurt, subsiste.

Entre deux visites d’infirmière, nous étions donc au travail. Le projet d’avant se poursuivait dans un contexte différent. Le cadre de l’hospitalisation impose des contraintes qui invente un dialogue franc entre le modèle et le photographe, le photographe et le futur regardeur. L’installation in situ du texte comme un élément répétitif qui structure le sujet propose trois distances de lecture de l’image bloquant ainsi ma grand-mère dans un espace temps sans rupture. Ce glissement temporel, supposant que mourir est un acte artistique, annule la photographie dans ce qu’elle a de plus cruel, c’est à dire marquer le temps. Elle apprend un nouveau langage plus plastique la statuant en dehors des catégories dites de reportage ou de documentaire. Elle prend une forme à part, celle d’un souvenir qui n’en est pas un puisqu’il est créé comme un projet d’art contemporain et exposé comme tel.

 

L’image  /// Ce qui est tabou, est toléré.

L’histoire de la photographie est marquée par cet intérêt social de garder quelque chose de l’être mourant ou de la mort. La question du dernier portrait pose toujours des critiques qui divergent selon les époques, mais la fondamentale raison de s’opposer à ce type de représentation, c’est bien l’idée du sacré. Ce type d’image existe pour interpeller le regardeur dans ses limites morales et ses responsabilités. Beaucoup d’images sont modifiées afin de détruire la mort, effacer l’horreur, photoshoper ce qui dérange, par exemple la vieillesse. Nos peurs sont mises à l’épreuve. J’ai décidé de crée une image vraie où l’on peut mourir heureux. Cette construction de 8 images abordant chacune des thèmes substantielles et universelles, ce rapport frontal face à l’allégorie de la mort qui est mise en scène, cette perspective sous forme d’entonnoir d’une vie arrivée à son terme exposent l’idée qu’une activité artistique peut prendre soins de la société et de ses perplexités, qu’elle peut même transgresser les codes et favoriser des comportements à contre courant.

 

Finalement être artiste n’est pas qu’un métier qui circule d’un atelier à un white cube, être artiste est aussi une manière de vivre.

Andréa Vamos

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