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L’exposition d’Andréa Vamos, … J’y découvre une forêt de feu, est un exercice. On fait de l’exercice pour s’entrainer, pour apprendre et pour comprendre. En présentant l’ensemble de ces archives photographiques ainsi que ses textes, Andréa  s’entraine à se souvenir. Ce livre d’archives apparait donc comme un moyen de se « rappeler de » mais il devient également une sorte de manuel grâce auquel on apprend les différentes possibilités de rencontres entre les pellicules et la forêt. Grâce aux textes, on comprend également le besoin viscérale pour l’artiste d’aller embobiner la nature et ce depuis de nombreuses années. L’archive chez Andréa n’a rien d’une posture contemporaine qui verrait dans l’archive une forme plutôt qu’un moyen.
 Dans cette exposition, nous trouvons également un glossaire. Pas besoin de s’entrainer à répéter les mots disposés sur l’affiche. Nous les connaissons, ils proviennent du français moderne. Cependant, l’artiste nous présente ici ses propres définitions. Pourquoi ? Afin que le public ne se méprenne pas, qu’il puisse se sentir au plus proche de sa démarche et qu’ensuite il puisse échanger ensemble, avec des mots connus vêtus d’une nouvelle tenue. Ce livre d’archives et ce glossaire sont donc des éléments structurels de l’exposition, comme des racines ou des clous.


Deux installations sont également présentées. L’une à base de fougères surgit dans un coin de la galerie. Comme un morceau de forêt qu’on aurait collé. L’autre se déploie au centre de l’espace comme un écran, ou un mur, comme vous voulez. On peut se questionner après tout : était-ce bien nécessaire de ramener les installations au sein du whitecube ? N’était-ce pas trahir l’intimité entretenue depuis plusieurs années entre la forêt et l’artiste ? Il semblerait que non. En effet, dans cette exposition la forêt n’est pas un lieu sanctifié, lointain et invisible. La forêt est avant tout un atelier pour Andréa au sein duquel elle trouve les éléments nécessaires à ses œuvres. Et toute la force artistique d’Andréa réside dans cette action de se faire se rencontrer les éléments de la forêt et les pellicules.


Comment définir ces installations ? Est-ce des sculptures ? Ou bien des passages ? On pourrait alors inventer un nouveau mot ou chercher une nouvelle définition.


Quand on fait des exercices, il faut être concentré et appliqué. Andréa l’a été en allant, des heures durant à travers les bois. A présent, c’est à nous de meubler avec nos pensées, avec nos corps, avec nos mots, la conversation de cette exposition. En effet, comme toujours dans le travail d’Andréa, nous sommes amenés à changer, même légèrement de point de vue, d’être un peu perspectivistes. En s’exerçant un peu, il se pourrait que l’on rencontre de nouvelles sensations et même de nouvelles idées. La forêt tout comme la galerie sont des lieux importants dans notre société contemporaine. Des lieux que l’on peut visiter, détester, observer, mais ce sont des lieux qui apparaissent comme saturés, au sein desquels on aurait entassé un tas d’idées. L’exposition d’Andréa Vamos nous propose de nous réunir un instant et de voir, si on ne pourrait pas, peut être tenter de raconter, comme bon nous semble, les nouvelles mythologies des ces espaces qui le temps d’une exposition, se rencontrent. Et il semblerait qu’ils s’entendent bien.

 

Commissariat : Margaux Bonopera & Andréa Vamos